Les primevères

Classé dans : Flore, Rencontres Mensuelles, Vivace | 0

Conférence de Jodie Mitchell des pépinières Barnhaven Primroses – Plestin les Grèves

Jodie Mitchell est venue nous présenter ses primevères s’épanouissant de mai à juillet. Nous connaissons plutôt celles qui fleurissent au début du printemps et donc ce fut une soirée de belles découvertes.

HISTORIQUE  Mais avant de détailler ces différentes plantes, un petit historique de Barnhaven Primroses

Florence Gellis, la fondatrice – Oregon, USA. Elle débuta en 1929 en semant des graines qui, par chance, ont presque toutes germées. L’année suivante, elles donnèrent plus de 1000 plantes dont elle commença à faire commerce en 1936. Puis par passion, elle fit des recherches et développa la propagation et la vente sous la marque Barnhaven (barn : vieille grange – a haven : un havre). Avec une sélection rigoureuse et une pollinisation exclusivement à la main, elle créa de nombreuses variétés. Après le décès de son mari, elle décida en 1966 de céder son entreprise à Jared et Sylvia Sinclair, en Angleterre, en leur envoyant son stock de graines. Ce couple était client régulier de Barnhaven. Ils ont poursuivi l’activité dans le même esprit et devinrent très connus dans le milieu de l’horticulture. En plus de la gamme originelle de Florence Bellis, ils introduisirent des nouveautés notamment une nouvelle gamme de Primula sieboldii.  Ils prirent leur retraite en 1990 non sans avoir initié Angela Bradford aux secrets de la culture de Primula et polyanthus. Avec son mari, Keith, ils s’installèrent à Plouzélambre en Bretagne et continuèrent l’œuvre de leurs prédécesseurs. Par ailleurs, elle lança Barnhaven sur le web et publia un livre « The Barnhaven book ». Mais en 2000, pour raison de santé, Angela dut s’arrêter. Elle demanda à Lynne et David Lawson, installés dans le même village, de prendre le relais ; ils avaient participé aux travaux de la pépinière pendant plusieurs années. Quoiqu’impressionnés par la tâche qui les attendait, ils acceptèrent mais se déplacèrent de quelques kilomètres à Keranguiner à Plestin les Grèves. Ils continuèrent avec les mêmes méthodes de culture très rigoureuses et, tout en gardant le patrimoine génétique de Barnhaven, ils ont créé des nouveautés telles certaines Auricules par David et des nouvelles doubles par Lynne. Ils participent à des grandes expositions en France et en 2005, ils ont obtenu le statut de collection nationale de Primula agréée par le CCVS. En 2011, leur fille, Jodie et Rob Mitchell, son mari, les ont rejoints et prennent maintenant le relais dans l’activité de la pépinière et les recherches de nouveautés.

QUELQUES GENERALITES

La primevère ou Primula est un genre de plantes surtout herbacées de la famille des Primulacées. Elle comprend 430 espèces de vivaces et des milliers de variétés. 78% proviennent de la chaîne montagneuse de l’Himalaya et de Chine, le reste d’Europe et quelques unes de l’hémisphère Sud. La primevère commune des jardins est une des premières fleurs du printemps (primo vere signifie au début du printemps en latin). Sa floraison correspond à la fonte des neiges.

Primula auricula fut très prisée des cultivateurs et des collectionneurs dès le XVI siècle ainsi que dans les cours royales. Mais c’est au XVIII siècle que cette passion culmine et rappelle l’époque de la tulipomanie du XVII siècle. Au moment des guerres de religion, les Huguenots se réfugièrent en Angleterre … avec leurs primevères. L’Angleterre les adoptèrent et mirent au point des concours avec des règles très strictes. Les plantes sont présentées sur plusieurs niveaux dans des petits théâtres peints en noir parfois avec des rideaux et des miroirs. M. David Lawson a son propre théâtre pour exposer ses Primula auricula.

BARNHAVEN PRIMROSES

La pépinière élève 90 espèces de Primula et 840 variétés. La technique traditionnelle de pollinisation à la main continue d’être utilisée pour assurer une qualité constante du sujet et permet la production de graines, principale activité ainsi que la création de nouveautés chaque année.

Primula auricula ou primevère de montagne est particulièrement présente avec plus de 600 cultivars. Elle fait l’objet de collections car elle présente de très nombreuses variétés avec des caractéristiques tout à fait spécifiques. Les auricules de jardin comprennent :

  • P. Auricules borders : ce sont des plantes vigoureuses, très résistantes qui peuvent durer des années au jardin à condition de les diviser de temps en temps. Les fleurs sont très parfumées avec une grande variété de formes et de couleurs. Comme leur nom l’indique, ce sont des plantes à mettre dans un parterre (bien drainé et à mi ombre), mais elles se plaisent aussi bien en pot, en auge en pierre ou en rocaille. On peut parfois trouver de la farina sur les fleurs ou les feuilles. les premières auricules ont été utilisées en bordure et ne répondaient pas à des règles strictes de concours.
  • P. auricules alpines : elles sont ainsi classées si elles ont une partie plus foncée ou dégradée sur les pétales – on les trouvait autrefois sous le nom de ‘concordes’ ou encore ‘ombrées’. Elles n’ont pas de farine sur les fleurs ou les feuilles mais quelques variétés ont de la farina sur la tige, ce qui est considéré acceptable. Elles sont divisées en deux catégories : les fleurs à centre doré ou jaune ou à centre clair (blanc ou crème). Les Alpines à centre doré ont les pétales dans les tons rouges, marron, orange et les Alpines à centre clair ont les pétales dans les tons rouges, violets, et bleus. Aussi bien dans le jardin qu’en pot à condition d’être dans un endroit à mi ombre, bien drainé mais qui ne se dessèche pas complètement.
  • P. auricules doubles : très à la mode au 17e siècle, elles ont été négligées en faveur des auricules rayées et les auricules liserées et ont presque disparu au 19ème siècle. Mais depuis les années 1960, grâce en partie aux graines de Florence Bellis de Barnhaven importées alors des Etats Unis et grâce au travail d’autres passionnés en Angleterre  qui y ont beaucoup travaillé, on trouve de nouveau de beaux cultivars avec des couleurs de plus en plus vives, dans une très grande gamme de couleurs,  avec ou sans farina, parfois liserées. Assez facile de culture, les doubles fleurissent de façon prolifique. En grande potée ou en bordure bien drainée dans un endroit assez ombragé.

Les auricules de collection sont divisées en 4 types différents ; elles ont toutes un cercle distinct de farine au centre de la fleur. 

  • P. auricules Self (les pures) ont un cercle de farina au centre mais les pétales sont d’une couleur uniforme. On les divise dans des catégories par couleur : les rouges, jaunes, bleues, foncées ou autres couleurs. Elles ne sont pas les plus difficiles à faire pousser mais on les garde d’habitude à l’abri de la pluie puisque la farine au milieu de la fleur peut couler et nuire à sa beauté. 
  • P. auricules Edged (lisérées), elles résultent d’une mutation des pétales qui prennent l’aspect de feuilles. Elles sont les plus prisées des auricules de collection. On trouve des liserées vertes sans farina sur la bordure, des lisérées grises avec farina sur les bords et des lisérées blanches qui ont beaucoup de farina.
  • P. auricules Striped (les rayées ou panachées), Les auricules rayées furent extrêmement populaires à la fin du 17ème siècle, à un tel point que les plantes rayées se vendaient à des prix exorbitants. Elles ont connu un regain de popularité depuis les années 1970 et grâce à la persévérance et la détermination de beaucoup d’amateurs en Angleterre et ailleurs, on peut de nouveau trouver des auricules exceptionnelles.
  • P. auricules Fancy (les bizarres). toutes les auricules qui avaient les pétales de plusieurs couleurs étaient appelées  ‘Fancy’ c’est-à-dire spéciale, ou hors du commun mais elles ont ensuite étaient divisées en plusieurs sous- catégories. On trouve donc maintenant dans cette catégorie les plantes bordées de vert qui ont toutes les caractéristiques d’une Auricule de collection mais qui mais ne se conforment pas tout à fait aux strictes normes des autres catégories. On y trouve par contre des plantes très intéressantes qui peuvent ressembler aux ‘Painted ladies’ (dames maquillées), le nom dérive de la mode de se maquiller le visage avec de la poudre blanche). ou ‘bizarres’ très populaires au 17ème avec des pétales multicolores parsemés de farine.

Primevère candélabre est une plante originaire des zones humides et boisées de Chine, de Birmanie et même du Boutan selon les espèces qui sont nombreuses dans cette section. Le feuillage, lancéolé, persistant à semi-persistant, vert franc de 10 à 30 cm de longueur forme une rosette d’où s’échappent en été, de grandes hampes verticales (60 cm) produisant plusieurs verticilles de fleurs formant des étages aux couleurs très chaudes telles l’orange, le rouge, le rose. Le genre comprend plus de 300 espèces. Chez Barnhaven Primroses sont cultivées :

  • P. wilsonii : Ernest Henry Wilson est allé de nombreuses fois en Asie de 1899 à 1918 et il a ramené plus de 2000 espèces de plantes dont une primevère candélabre qui prit donc le nom de Primula wilsonii. Elle a des fleurs pourpre prune et un œil jaune vif. Contrairement à beaucoup d’autres variétés de candélabres, elle ne perd pas ses feuilles en hiver. Elle est facile à cultiver mais doit être maintenue dans un sol humide et riche du type jardin marécageux à mi ombre ou près d’un ruisseau. Elle est bien mise en valeur en groupes.
  • P. wilsonii var. anisodora : fleurs rouge foncé, avec un œil jaune vif. Comme son nom l’indique, elle a une odeur d’anis. Ne perd pas ses feuilles l’hiver
  • P. pulverulata plus connu sous le nom de primevère pulvérulente en raison de sa tige poudrée d’argent. Cette primevère candélabre a des fleurs rouge cerise ou rouge vin avec un œil foncé. Une plante très robuste dans le jardin à condition de lui donner l’humidité qu’elle aime. Se ressème facilement et supporte une terre trempée au bord de l’eau ou dans un massif à mi ombre qui reste frais.
  • P. beesiana : hampes dressées bien au-dessus du feuillage, portant chacune des couronnes étagées de fleurs rose pourpré à cœur doré.
  • P. bulleyana : fleurit assez tardivement sous la forme de hautes tiges florales garnies de fleurs tubulaires d’un orange vif réunies en bouquets sur plusieurs étages.
  • P. chungensis : De ravissants bourgeons rouge orange qui s’ouvrent en fleurs de couleur jaune orange sur ce beau candélabre.
  • P. cockburniana : candélabre en miniature avec des fleurs d’un orange éclatant. Chaque plante porte 6 à 10 tiges couvertes de farine argentée en début d’été.
  • P. prolifera : les fleurs sont d’un jaune brillant. C’est la plus haute de la collection ; elle ne perd pas ses feuilles en hiver.
  • P. aurantiaca : elle se distingue par des tiges bien rouges ; les fleurs sont orangées.
  • P. japonica : elles sont issues d’hybridation. Les fleurs sont blanches, rose vif ou pastel, violet. Elles ont les mêmes besoins que les précédentes : humidité et mi ombre

Primula sieboldii est une primevère japonaise introduite par un médecin allemande, Philipp Franz von Siebold, qui séjourna longuement au Japon et rapporta de très nombreuses collections de plantes. Au Japon elle a été cultivée comme plante du jardin depuis le 16ème siècle. Les Japonais l’appellent le Sakurasoh – la fleur du cerisier- puisque ces fleurs ressemblent à des petits fleurs de cerisiers et elles apparaissent au même moment. Elles sont vraiment très appréciées et font l’objet de concours extrêmement codés. Elles sont présentées dans des pots en Seto-yaki , type de céramique cuite et vernissée, et posées sur des meubles « Kadan » spécialement conçus pour elles. Il est très difficile d’avoir des échanges de graines ou de plantes avec les Japonais et curieusement, les goûts ont évolué différemment. Par exemple en France, les formes doubles sont très appréciées et pas du tout au Japon.

Il existe encore d’autres primevères tardives telles P. capitata, P. muroi, P. vialii, P. watsonii…. Pour les retrouver, vous pouvez consulter le site de la pépinière Barnhaven Primroses :  https://www.barnhaven.com/fr/

Il ne nous a pas été possible de copier des photos des nombreuses primevères citées en raison de droit d’auteur que la pépinière elle-même doit respecter.

 

Mise en page JGG